
Le limogeage du Ministre de la justice, Ousmane Diagne, est perçu par certains comme la voie du salut pour accélérer les dossiers judiciaires. Ce qui voudrait dire que c’est lui qui retardait les dossiers. Cette thèse n’est pas très fondée, Ousmane Diagne n’était qu’un parmi beaucoup d’autres acteurs. Tous les trois pouvoirs ont une part de responsabilité dans les lenteurs de la justice.
L’exécutif est le premier responsable. Ousmane Diagne était nommé après consultation. Est-ce que le Premier Ministre et le Président de la République lui avaient réellement dit ce qu’ils attendaient qu’il fasse ? Je ne le pense pas, mon intime conviction c’est que ce sont eux qui ont évolué, Ousmane Diagne est resté le même. Ceux qui savent observer peuvent constater que la première fois que le Ministre a montré qu’il n’est pas sur la même longueur d’onde que ses patrons, c’est lors de la conférence de presse où le Premier Ministre a révélé les MENSONGES de Macky Sall et de son régime, sur la dette et le déficit budgétaire. Ce jour-là, quand la parole lui a été donnée, le Ministre Ousmane Diagne s’est montré très avare en mots, il a été très laconique, affirmant juste que la justice fera son travail, la lumière sera faîte. Or, beaucoup de personnes attendaient plus, des menaces et peut-être des dates pour des poursuites contre les voyous maron-beige.
Ensuite, on peut s’interroger sur l’existence d’actes concrets de l’exécutif pour accélérer les procédures et juger les criminels, Macky Sall et son gang. Aux premiers mois du mandat, le Premier Ministre, Ousmane Sonko, avait lui-même déclaré qu’ils attendaient de » nettoyer » la magistrature pour commencer les poursuites. Donc Ousmane Diagne n’était pas responsable de cela, c’est le Conseil supérieur de la magistrature présidé par le Président de la République qui affecte les magistrats.
En outre, l’exécutif pouvait adopter, depuis longtemps, des projets de lois permettant la reddition des comptes sur certains dossiers, mais il ne l’a pas fait. Pourquoi les trois projets de lois adoptés lors de la dernière session extraordinaire de l’Assemblee nationale n’ont pas été initiés lors de la session ordinaire ?
Quant à l’Assemblee nationale, il faut aussi le dire, elle a une part de responsabilité dans les lenteurs de la justice. Les Ministres ne peuvent pas être jugés par les jurictions ordinaires, c’est l’Assemblee nationale qui vote leur mise en accusation avant que la machine judiciaire ne soit mise en branle. De l’arrivée au pouvoir du duo Diomaye-Sonko en avril 2024 jusqu’en novembre de la même année, donc 8 mois, Pastef et ses alliés étaient minoritaires à l’Assemblee, ils ne pouvaient pas faire passer une loi contraignante aux membres de l’ancien régime.
Et à la suite de la victoire de Pastef aux législatives, l’ Assemblée nationale a traîné. La proposition de loi de mise en accusation de Macky Sall déposée par l’honorable député Guy Marius Sagna dort dans les tiroirs depuis environ 6 mois ou plus. Qu’attend la chambre législative pour étudier cette proposition et poursuivre le criminel errant dans l’Atlas marocain ?
Enfin, au niveau de la justice, les lenteurs ne sont pas seulement de la responsabilité du Ministre.
Il est important de rappeler que le duo Diomaye-Sonko avait aussi misé, au niveau du parquet du TGIHCD, sur un autre magistrat, Ibrahima Ndoye, réputé vertueux et très indépendant. Ils ont fait sauté Ousmane Diagne, mais Ndoye risque d’être une autre barrière. Si ce que l’on dit de lui est vrai, rien ne va changer, il prendra le temps nécessaire pour instruire les dossiers.
Sans oublier qu’il il y a également dans la magistrature, des personnes qui n’accepteront jamais d’injonctions de l’exécutif, ils feront leur travail selon leur rythme et leur intime conviction. Il faut alors craindre une tension entre le nouveau ministre de la justice et la magistrature ou certains magistrats. Madame Yacine Fall ne doit jamais penser qu’elle peut » accélérer la cadence » en bousculant les magistrats. Attention, attention, attention !!!!
L’autre lenteur de la justice, à laquelle le Ministre n’a pas de solution immédiate, est le faible nombre de magistrats. Le parquet financier par exemple, n’a pas suffisamment de magistrats pour instruire rapidement les dossiers. Le régime de Macky Sall a fait tellement de bêtises que si tout doit être tiré au clair, ça prendra beaucoup d’années, certainement tout le mandat du Président Bassirou Diomaye Faye.
Il ressort de tous ces constats que le Ministre Ousmane Diagne n’est pas le seul responsable des lenteurs de la justice et le changement opéré pourrait ne pas donner les résultats escomptés.
Babacar Diouf, professeur d’histoire et de géographie au lycée de Nguékhokh







