
Dans une tribune percutante, Hamidou Thiaw, président du parti En Marche Pour la Renaissance du Sénégal (MPR), interroge les fondements de la justice et de l’ordre dans le contexte politique sénégalais. S’appuyant sur les récents cycles de violence et d’instabilité, Thiaw appelle à une réflexion collective sur la responsabilité des dirigeants et la protection des citoyens ordinaires .
Le double visage de la résistance et de l’ordre
M. Thiaw rappelle que l’histoire politique du Sénégal a souvent oscillé entre des opposants appelant à la « résistance » et un pouvoir invoquant le « maintien de l’ordre ». Ces confrontations, marquées par des épisodes tragiques (pertes en vies humaines, destruction de biens), ont laissé des séquelles durables dans la mémoire collective. Pour lui, cette dualité est au cœur des défis actuels : « Lorsqu’on salit l’image d’un ancien président, on salit aussi celle du Sénégal » .
La justice : instrument de vengeance ou de réconciliation ?
Alors que le nouveau régime réclame justice pour les violences passées, M. Thiaw soulève une question cruciale : « Qui doit être jugé ? Les donneurs d’ordres ou les exécutants ? ». Il critique une approche sélective où les instigateurs de violences restent impunis tandis que les petits acteurs sont criminalisés. Cette logique, selon lui, perpétue un cycle de vengeance et mine la crédibilité des institutions .
L’État garant de l’ordre, mais sous contrainte éthique
Hamidou Thiaw défend le rôle de l’État dans le maintien de l’ordre, mais insiste sur la nécessité d’une éthique politique : « Aucun responsable ne devrait se permettre d’inciter à la destruction, au pillage ou au chaos ». Il cite en exemple le cas de Badara Gadiaga, chroniqueur détenu sans procès, pour illustrer les ambiguïtés de la responsabilité pénale. Pour lui, la justice doit prioriser les victimes innocentes – celles dont les biens et la dignité ont été bafoués – plutôt que les acteurs politiques instrumentalisés .
Une vision pragmatique inspirée de l’expérience internationale
Homme d’affaires et ancien analyste à la Banque mondiale, M. Thiaw appuie son plaidoyer sur une expertise technique et une vision globale. Son parcours – ingénieur en calcul scientifique, MBA en finance – lui permet de lier enjeux politiques et économiques : « Le Sénégal passe avant tout. L’unité nationale doit primer sur les rancunes personnelles » .
Critique du régime actuel : entre communication et réalités
Thiaw ne mâche pas ses mots envers le gouvernement Diomaye-Sonko, qu’il accuse de « stratégie communicationnelle » plutôt que de gouvernance substantive. Il dénonce des incohérences, comme la promesse non tenue de supprimer les fonds politiques (« 100 milliards sans audit ») et la dissolution d’institutions comme le CESE et le HCCT sous prétexte d’économies .
En citant Voltaire – « Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités » –, Thiaw avertit contre la manipulation des masses. Son appel à une justice équitable et à la responsabilisation des leaders vise à restaurer la confiance dans les institutions. « L’avenir de notre démocratie dépend de notre capacité à protéger les citoyens ordinaires, véritables fondations de la Nation » .
Hamidou Thiaw incarne ainsi une opposition constructive, prônant l’unité nationale et une justice impartiale. Son discours, ancré dans l’expertise technique et l’éthique, offre une alternative aux discours polarisants qui dominent le paysage politique sénégalais.








