
Monsieur le Ministre de la Culture,
Permettez-nous, à travers cette lettre ouverte, d’attirer votre attention sur la situation préoccupante de la culture dans notre pays, en particulier dans certaines régions de l’intérieur comme Kaffrine, où les infrastructures culturelles se font dramatiquement rares.
À Kaffrine, par exemple, il n’existe ni centre culturel digne de ce nom, ni espace de diffusion pour les artistes et acteurs culturels. Cette absence freine le développement artistique local, prive la jeunesse d’opportunités d’expression, et étouffe l’élan créatif pourtant bien présent sur le terrain.
Par ailleurs, la question des subventions culturelles mérite d’être réexaminée. Il est regrettable que les directeurs des centres culturels régionaux, qui sont pourtant les mieux placés pour connaître les réalités locales, soient souvent écartés du processus de sélection des projets subventionnés. Ce manque de concertation nuit à l’efficacité des politiques culturelles, car les projets soutenus ne correspondent pas toujours aux besoins spécifiques des territoires.
Il serait judicieux, à l’avenir, de doter chaque centre culturel régional de fonds spécifiques pour soutenir des initiatives locales, en mettant en place des comités scientifiques ou des conseils d’administration transparents, composés d’acteurs culturels représentatifs, afin de garantir une meilleure répartition des aides et une meilleure pertinence des projets sélectionnés.
Nous saluons votre volonté de réforme dans la gestion des subventions d’aide à projets. Toutefois, il aurait été encore plus pertinent que les directeurs de centres culturels soient des maillons forts de ce processus de sélection, afin d’assurer une meilleure représentativité des régions.
Concernant les projets de mobilité artistique, nous pensons qu’ils ne devraient pas être soumis aux mêmes critères de sélection que les autres types de projets. En effet, ces mobilités dépendent principalement d’invitations provenant de structures organisatrices à l’étranger. Il revient donc à l’État de soutenir et encourager activement la participation des artistes sénégalais à ces événements, en facilitant leur déplacement et en les accompagnant. Ce sont là de véritables ambassadeurs culturels du Sénégal, porteurs de nos identités et de nos valeurs à l’international.
Nous souhaiterions également que vous procédiez à des tournées régionales, afin de rencontrer directement les acteurs culturels, entendre leurs doléances et co-construire avec eux des solutions adaptées. Il est important de rappeler que votre prédécesseur n’a malheureusement pas mené d’études de terrain, bien que votre ministère dispose de représentants dans chaque région. Il est toutefois permis de douter de l’efficacité de la transmission des doléances, puisque nombre de problèmes persistent depuis des années.
Enfin, il est essentiel de rappeler que la culture est, sur le papier, une compétence transférée aux Collectivités Territoriales. Mais dans la pratique, peu d’initiatives locales sont soutenues. À Kaffrine, comme dans beaucoup d’autres localités, les acteurs culturels ne reçoivent aucun accompagnement des collectivités territoriales. Cela doit impérativement changer.
Nous vous prions donc, Monsieur le Ministre, d’augmenter les subventions dédiées à la culture, de renforcer la place des centres culturels dans la prise de décision, et de repenser la gouvernance culturelle en incluant les véritables acteurs du terrain.
La culture est le cœur battant de notre nation. Elle mérite une attention soutenue, un investissement sérieux, et une gestion inclusive.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.
Diamly PENE, acteur Culturel, KAFFRINE








