
À la surprise générale, le groupe Lisnave n’a pas présenté d’offre pour la reprise des chantiers navals de Dakar qu’il gère depuis 1999. Son directeur général a accordé une interview à Libération.
Pourquoi le groupe Lisnave international n’a pas présenter d’offre dans le cadre de l’appel d’offre pour la reprise des chantiers navals de Dakar ?
La décision de ne pas présenter d’offre a été prise avec beaucoup de réflexion et de prudence.
Depuis 1999, le groupe LISNAVE Internacional, à travers DAKARNAVE dont il est l’actionnaire majoritaire, accompagne l’État du Sénégal dans la gestion et le développement des Chantiers Navals de Dakar, dans le cadre d’un partenariat fondé sur la performance, la compétitivité et la création de valeur. Ce partenariat, construit sur près de trois décennies de collaboration continue, a permis d’inscrire Dakar comme une référence reconnue dans l’industrie mondiale de la réparation navale.
Grâce à l’expertise technique et opérationnelle de LISNAVE, ainsi qu’à son réseau commercial international, DAKARNAVE a contribué à la modernisation du chantier, au renforcement des compétences locales et à l’amélioration constante des standards de qualité, de sécurité et de respect de l’environnement.
C’est dans cet esprit de coopération et de continuité que nous avons présenté notre candidature au DAO n° CP 01/2025, candidature qui a été préqualifiée pour la phase finale, reconnaissance dont nous sommes honorés et profondément reconnaissants.
Cependant, à l’issue d’une analyse attentive et approfondie de la documentation, il est apparu que plusieurs paramètres essentiels — notamment la structuration du projet, son cadre réglementaire ainsi que les conditions économiques proposées — ne permettaient pas, en l’état, de garantir la pleine viabilité ni la durabilité du partenariat envisagé, au regard de notre expérience de gestion acquise au cours des 26 dernières années.
Fidèle à sa philosophie d’investissement responsable et à son attachement à des partenariats équilibrés, transparents et pérennes, le groupe LISNAVE Internacional a estimé préférable de ne pas déposer d’offre à ce stade.
Cette décision n’altère en rien l’estime profonde que nous portons au Sénégal, à ses institutions et à l’ensemble des équipes avec lesquelles nous collaborons depuis 26 ans.
Le groupe LISNAVE Internacional demeure ouvert au dialogue et reste pleinement engagé à poursuivre son rôle dans le développement de la réparation navale au Sénégal, chaque fois que les conditions permettront de garantir un projet solide, durable et mutuellement bénéfique.
A quel moment avez-vous pris cette décision ?
Le processus d’analyse s’est étendu sur plusieurs mois, au cours desquels des études techniques, financières et stratégiques détaillées ont été menées. La décision finale a été prise à la fin de cette période d’évaluation, lorsque nous avons constaté que les conditions nécessaires pour assurer un projet durable et solide n’étaient pas réunies.
Nous avons fait le choix de la transparence et de la responsabilité, plutôt que de soumettre une offre que nous ne pourrions pas défendre sereinement.
Pourtant les travailleurs de Dakarnave souhaitent la continuité, comment expliquez-vous cet attachement a l’entreprise ?
Nous sommes profondément sensibles à cet attachement, qui reflète la relation de confiance construite au fil des années entre l’Administration et les travailleurs. Dakarnave a investi dans la formation, la modernisation des méthodes de travail et la professionnalisation des équipes locales, avec un modèle où les travailleurs occupent une place centrale et où chacun peut progresser, notamment grâce à une prime annuelle liée aux performances de l’entreprise, mais aussi, aux ajustements annuels de salaires, au-dessus du taux d’inflation, pour reprendre le pouvoir d’achats des travailleurs.
Aujourd’hui, tous les chefs de service, chefs de département et la généralité des cadres sont sénégalais. Sur environ 300 employés permanents, seuls trois directeurs expatriés restent en poste. Cette progression, ce respect mutuel et cette valorisation des compétences locales expliquent naturellement l’attachement des travailleurs à l’entreprise. C’est aussi ce qui rend notre retrait particulièrement difficile.
Dans quelle situation aviez-vous trouvé les chantiers navals da Dakar lorsque vous veniez en 1999 ?
Lorsque nous sommes arrivés en 1999, les infrastructures des Chantiers étaient fortement dégradées. Les deux sociétés alors en charge de leur exploitation, DAKARMARINE et SODHEME, étaient en faillite, et les autorités sénégalaises recherchaient un partenaire international capable de garantir le redressement économique du secteur.
Le potentiel du site existait, mais il fallait tout reconstruire : les installations, les équipements, les procédures opérationnelles et la formation des équipes. C’est sur ces bases fragiles que nous avons engagé un programme de reconstruction et de modernisation qui s’est poursuivi pendant plus de deux décennies.
26 ans après qu’avez-vous fait à l’heure du bilan ?
Nous sommes fiers du chemin parcouru.
Les Chantiers Navals de Dakar ont été modernisés, les équipes professionnalisées et Dakar est redevenu une référence régionale dans l’industrie de la réparation navale. Nous avons introduit de nouvelles technologies, renforcé les normes de sécurité, développé les compétences locales et créé une valeur durable pour le secteur maritime sénégalais.
Bien sûr, tout n’a pas été parfait, mais nous avons aujourd’hui un site plus solide, plus compétitif et beaucoup plus tourné vers l’avenir que celui que nous avions trouvé en 1999.
Quelle est votre vision pour l’avenir des chantiers navals au Sénégal ?
Le Sénégal dispose de tous les atouts pour devenir un hub régional de premier plan. Le trafic maritime est en croissance, la flotte africaine se modernise, et la demande en services de réparation continue d’augmenter.
Pour réaliser pleinement ce potentiel, il faudra une gouvernance solide, des investissements continus et un partenaire industriel capable d’apporter technologie, formation et rigueur opérationnelle. Avec ces conditions, Dakar pourra continuer à s’imposer comme un acteur stratégique de l’industrie navale dans l’Atlantique Ouest, dans un marché très compétitif dans la région, mais aussi à niveau mondial.
Quels sont vos liens avec le Sénégal et le souvenir que vous gardez de ce pays ?
Le Sénégal représente une expérience humaine et professionnelle particulièrement riche. Dès notre arrivée, nous avons été impressionnés par la qualité humaine exceptionnelle de ses habitants et leur ouverture d’esprit, qui ont largement contribué à créer un climat de confiance et de collaboration avec les équipes locales.
Au fil des années, de nombreux collaborateurs de LISNAVE ont tissé des liens forts avec leurs homologues sénégalais. Ces relations, fondées sur le respect mutuel et la coopération, ont renforcé non seulement la performance des chantiers, mais aussi la cohésion et le sentiment d’appartenance au sein des équipes.
Nous garderons le souvenir d’une expérience marquée par la sincérité, la confiance et un véritable esprit de collaboration. Au fil des années, notre engagement en matière de RSE nous a permis de développer une collaboration étroite avec plusieurs institutions de la société civile et religieuse du Sénégal.
Nous voyons également dans le Sénégal un pays au potentiel industriel considérable, capable de développer des projets ambitieux et durables dans le secteur naval et au-delà.








