
A la date du 10 novembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son verdict dans l’affaire opposant l’écrivain et économiste de formation Felwine Sarr à l’écrivaine Fatoumata Sissi Ngom.
La juridiction a acquitté l’auteure du roman « Le Silence du totem » des accusations de diffamation pour le plagiat de son manuscrit et l’usurpation de son travail sur la restitution des œuvres d’art africain. Le tribunal a donc estimé que les accusations de Fatoumata Sissi Ngom étaient suffisamment fondées ou relevaient de la bonne foi.
Cette décision intervient dans un contexte où l’intégrité et la propriété intellectuelles de l’auteure étaient menacées. En décembre 2017, Fatoumata Sissi Ngom a transmis le manuscrit de son roman « Le Silence du totem » à Felwine Sarr pour lecture en sa qualité d’éditeur. Ce roman traite de la restitution des œuvres d’art africain. Par la suite, plusieurs incidents troublants et documentés se sont produits: auto-désignation de Felwine Sarr comme représentant de l’Afrique auprès de l’Élysée dans ce débat, brève citation du roman dans le rapport Sarr-Savoy (novembre 2018), débarquement de l’association Alter Natives au lycée de Mboro début 2019 (l’ancien lycée de Fatoumata Sissi Ngom) pour y faire un projet appuyant le rapport Sarr-Savoy, empêchant l’autrice de réaliser son propre projet, adaptation documentée, détournée et victimaire du roman Le silence du totem par des collégiens français dans le film « Les statues vivent aussi » (2021-2022) sous la supervision d’Emmanuelle Cadet.
Le film a été présenté au Fespaco sans aucun consentement ni crédit. Le tribunal a acquitté Fatoumata Sissi Ngom des accusations de diffamation concernant le plagiat et l’usurpation, reconnaissant ainsi le bien-fondé de ses préoccupations.
Pour rappel, « Le Silence du totem » avait été choisi en juillet 2025 en pleine procédure judiciaire par le Ministère de l’Education Nationale du Sénégal pour la dictée de l’examen national du Brevet de Fin d’Etudes Moyennes (BFEM).
Rappel des faits
En avril 2023, Fatoumata Sissi Ngom avait adressé une correspondance par voie électronique à l’élite intellectuelle africaine, à des autorités et des journalistes dans laquelle elle accusait Felwine Sarr d’être un plagiaire et un usurpateur, et:
• D’avoir plagié le manuscrit de « Le Silence du totem » qu’elle lui avait envoyé en décembre 2017, et de « viol »
• De s’être auto-désigné comme représentant de l’Afrique auprès de l’Élysée (alors que la version officielle indique qu’il aurait été « appelé » par Emmanuel Macron). Comme Felwine Sarr le souligne lui-même: Je me suis auto désigné représentant de l’Afrique en me disant que mon rôle était de faire valoir nos points de vue. »
• D’avoir orchestré avec Emmanuelle Cadet, présidente de l’association Alter Natives, un projet dans son ancien lycée à Mboro au Sénégal pour la couvrir d’ombre et l’invisibiliser. Ce projet a été financé par Open Society Foundations et l’argent public français et traite de la resocialisation des objets, sujet du roman de Fatoumata Sissi Ngom.
Felwine Sarr avait déposé plainte pour diffamation (pour le plagiat et le viol) et injures en mai 2023, tout en assurant dans sa plainte que ses contacts avec Fatoumata Sissi Ngom avaient été brefs et strictement professionnels, et qu’il s’était engagé à l’aider pour son deuxième roman.
Une condamnation mineure pour injures, avec sursis
Fatoumata Sissi Ngom a été déclarée coupable d’injures pour l’usage de certains qualificatifs qui par inadvertance ont pu dépasser leur intention première.
Cette infraction, distincte de la diffamation, sanctionne la forme employée mais ne remet pas en cause le fond des accusations.
De la bataille juridique à une invitation au débat éthique
Au-delà de la question juridique, cette affaire soulève des débats sur la propriété intellectuelle, la représentation légitime de l’Afrique dans les débats internationaux, le rôle des femmes africaines dans la production intellectuelle sur leur continent, et la monopolisation persistante des personnes blanches dans les espaces et problématiques concernant les populations noires. Elle pose aussi une question plus taboue : celle du chamanisme et des pratiques spirituelles sur autrui dans les milieux intellectuels africains. Felwine Sarr a publiquement revendiqué ces pratiques dans une émission RFI en mars 2022, parlant ouvertement de « décorporation » et de « sortir de son corps ».
Cet acquittement lave donc son honneur et sa réputation, mais aussi lui confère ainsi qu’à tous les auteur(e)s les prérogatives de tout ce qui émane de leur esprit et porte par conséquent leur empreinte.
Fatoumata Sissi Ngom referme ainsi ce chapitre avec sérénité tout en remerciant chaleureusement ses lecteurs, partenaires et amis pour le soutien infaillible dont ils ont fait preuve tout au long de ces années de dénonciation et de procédure judiciaire. Elle continuera d’écrire, de défendre la dignité des œuvres africaines et la souveraineté culturelle de son continent.
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Baba Ndiaye +221 76 305 72 88 / Email :babafrikanity@gmail.com








