
Entre prix encadrés, lenteurs logistiques et inquiétudes des producteurs, les acteurs appellent à une implication plus forte de l’État et des huiliers.
La campagne de commercialisation agricole a été officiellement lancée ce week-end dans le bassin arachidier, couvrant notamment les régions de Kaolack et Kaffrine. Une étape stratégique pour l’économie rurale et la sécurisation des revenus des producteurs, même si, cette année, le démarrage se fait à un rythme jugé particulièrement lent par les acteurs de la filière.
Lors de la cérémonie officielle, les autorités locales ont rappelé l’importance de cette campagne pour la dynamisation de l’économie régionale et l’amélioration des circuits de commercialisation. « Il s’agit d’une période décisive pour nos paysans, mais aussi pour l’ensemble de la sous-région », a souligné un responsable du ministère de l’Agriculture, appelant à la mobilisation de tous les maillons de la chaîne de valeur.
Sur les marchés, l’arrivée progressive des produits agricoles — arachide, mil, maïs et riz — est constatée. Commerçants et coopératives tentent de s’organiser pour absorber la production tout en respectant les prix fixés par les autorités. Mais sur le terrain, l’enthousiasme reste mesuré.

À Nganda, Cheikh Tidiane Cissé, membre et personne morale de l’Association des agriculteurs du bassin arachidier, dresse un constat sans détour : « La campagne a démarré, certes, mais timidement. » Selon lui, la conjoncture internationale pèse lourdement sur la filière. « Le prix de l’arachide sur le marché mondial est en baisse, autour de 225 francs CFA. L’État a ajouté 80 francs pour fixer le prix au producteur à 305 francs CFA. Cette situation constitue un handicap réel pour les exportateurs », explique-t-il.
Au-delà des prix, les difficultés logistiques cristallisent les inquiétudes. Les coûts de transport, de stockage dans les centres de collecte et de manutention réduisent les marges, tandis que les opérations d’évacuation vers les huileries, notamment la Sonacos, accusent des retards. « Les rotations de camions et les déchargements prennent beaucoup de temps. Résultat : l’argent ne circule pas comme il se doit », alerte M. Cissé.
Face à ces lenteurs, l’acteur agricole appelle à une implication accrue des autres huileries pour épauler la Sonacos et fluidifier les opérations. À défaut, prévient-il, les producteurs pourraient être tentés de se tourner vers le “mbapatt”, le marché parallèle, au risque de brader leur production à des prix dérisoires.
Fort de son expérience dans la filière et de sa participation à plusieurs concertations sectorielles, Cheikh Tidiane Cissé exhorte l’État, les industriels et les exportateurs à accompagner efficacement la campagne, d’autant que la production annoncée cette année est qualifiée de record.
Malgré un démarrage à pas de caméléon, la campagne de commercialisation de l’arachide demeure un enjeu majeur pour l’avenir du bassin agricole. Sa réussite dépendra de la rapidité des opérations, de l’engagement des acteurs industriels et de la capacité des pouvoirs publics à maintenir un équilibre durable entre régulation des prix et viabilité économique de la filière.







