
L’atelier de revue des programmes et de lancement des tables de concertation sur la gestion du handicap, tenu à Thiès du 15 au 17 décembre 2025, ne peut être perçue comme une fin en soi, ni être interprété comme une avancée suffisante.
En droit, la concertation ne saurait se substituer à l’exécution des obligations légales existantes.
Depuis plus d’une décennie, le Sénégal multiplie les cadres de réflexion, les concertations, les diagnostics et les feuilles de route. Pourtant, la réalité quotidienne des personnes handicapées reste marquée par l’exclusion, l’inaccessibilité et la marginalisation structurelle. Il faut avoir le courage politique de le reconnaître.
La loi d’orientation sociale relative aux droits des personnes handicapées, adoptée en 2010, est claire. Elle crée des obligations précises pour l’État, les collectivités territoriales et les institutions publiques. Mais quinze ans plus tard, cette loi demeure largement inappliquée, réduite trop souvent à un référentiel symbolique plutôt qu’à un instrument contraignant.
Les personnes handicapées ne demandent plus des promesses. Elles demandent l’exécution de la loi. Où en est réellement :
- L’application des quotas d’emploi dans la fonction publique et le secteur parapublic ?
- L’accessibilité effective des bâtiments administratifs, des écoles, des universités et des structures de santé ?
- La disponibilité des aides techniques et des dispositifs de prise en charge médicale ?
- L’intégration systématique du handicap dans les budgets sectoriels de l’État et des collectivités ?
Ces questions ne sont pas idéologiques. Elles sont juridiques, budgétaires et politiques.
Le lancement des tables de concertation ne doit pas devenir un nouvel alibi institutionnel. Dialoguer sans décider ou écouter sans agir revient à prolonger une injustice déjà trop ancienne.
La future stratégie nationale de gestion du handicap ne sera crédible que si elle s’accompagne :
- d’objectifs chiffrés et datés,
- de responsabilités clairement attribuées,
- de mécanismes indépendants de suivi et d’évaluation,
- et de sanctions en cas de non-respect des engagements.
L’inclusion ne se mesure pas à la qualité des discours officiels ni au nombre d’ateliers organisés. Elle se mesure à la capacité d’un État à rendre effectifs les droits qu’il a lui-même proclamés.
Le Sénégal ne manque ni de textes, ni de compétences, ni d’expertises. Ce qui a trop longtemps manqué, c’est la volonté politique traduite en actes contraignants.
Aujourd’hui, la balle est clairement dans le camp des décideurs publics. Les personnes handicapées observent. Elles attendent et elles demanderont des comptes.
Fait à Dakar, le 21 décembre 2025
Par Mamadou KEBE
Sociologue, Consultant en inclusion et développement organisationnel








