Une rupture prolongée des antipsychotiques essentiels tels que l’Argactil (chlorpromazine) et le Nozinan (lévomépromazine), associée à la cherté croissante de la rispéridone, plonge de nombreuses familles sénégalaises dans une angoisse profonde. Cette situation, qui touche particulièrement les personnes souffrant de troubles psychotiques chroniques, est dénoncée par des acteurs de la santé mentale comme un nouvel affront à la dignité et aux droits des malades mentaux.
Selon des professionnels du secteur, ces médicaments de première ligne, utilisés depuis des décennies dans le traitement de la schizophrénie, des états délirants ou des troubles graves du comportement, sont souvent introuvables dans les pharmacies et les services publics, ou vendus à des prix prohibitifs.
Les ruptures d’approvisionnement, qui affectent déjà les structures sanitaires depuis plusieurs mois, compliquent la prise en charge thérapeutique et fragilisent un système de santé mentale déjà sous-dimensionné.
Les patients et leurs proches se retrouvent souvent contraints de renoncer aux traitements prescrits, ou de se tourner vers des alternatives moins adaptées, faute de disponibilité. Dans certains cas, l’interruption des antipsychotiques peut entraîner une recrudescence des symptômes, des crises, voire des hospitalisations d’urgence, mettant en péril la stabilité et la sécurité des personnes concernées.
Cette crise survient dans un contexte déjà délicat. Au Sénégal, les politiques de santé mentale peinent à se matérialiser sur le terrain, malgré une reconnaissance institutionnelle du problème. Il y a un manque criant de psychiatres, de ressources allouées et d’un cadre intégré de prise en charge. De nombreux patients arrivent encore trop tard dans le système de soins, souvent après des tentatives de suivi en médecine traditionnelle ou des années sans traitement formel.
Pour Ansoumana Dione, militant associatif pour l’accompagnement des malades mentaux, cette situation illustre une négligence persistante des autorités sanitaires : « L’accès aux soins, au personnel qualifié et aux médicaments essentiels n’est pas encore un droit pour nos citoyens. » Il déplore que même au sein des structures publiques comme l’hôpital psychiatrique de Thiaroye, les ruptures de psychotropes forcent les familles à dépenser des sommes importantes pour s’approvisionner, souvent à l’extérieur des circuits officiels.
L’État sénégalais est interpellé pour renforcer la chaîne d’approvisionnement des médicaments essentiels, réguler les prix et intégrer davantage la santé mentale dans les structures de soins de base. La récente déclaration du Premier ministre appelant à une réforme profonde du cadre législatif et des politiques de santé mentale montre une prise de conscience politique, mais les acteurs du secteur estiment que des actions concrètes restent urgentes pour éviter que cette crise ne se transforme en catastrophe humanitaire.








