Depuis plusieurs années, le système de rémunération de la fonction publique sénégalaise repose sur un régime indemnitaire profondément inégalitaire, marqué par l’opacité et la discrimination. Cette dérive structurelle pénalise gravement les enseignants, pourtant piliers de la formation du capital humain et du développement économique et social du pays.
Il ne s’agit ni d’une perception ni d’un discours corporatiste. Dès 2014, une étude officielle commanditée par le Ministère de la Fonction publique et conduite par le cabinet MGP-Afrique établissait un constat sans appel : le régime indemnitaire est devenu l’un des principaux facteurs de désarticulation du système de rémunération dans l’administration publique.
Le rapport révélait une inflation incontrôlée de primes et d’indemnités, souvent attribuées sans lien objectif avec les grilles indiciaires, les qualifications, les responsabilités ou la pénibilité des fonctions. Dans certains corps, ces avantages peuvent égaler, voire dépasser, le salaire de base, tandis que d’autres notamment les enseignants restent durablement marginalisés dans le partage des ressources publiques.
Cette situation consacre une injustice structurelle difficilement défendable. Hautement qualifiés, investis d’une mission stratégique et confrontés à des conditions de travail souvent éprouvantes, les enseignants figurent paradoxalement parmi les agents publics les moins bien traités sur le plan indemnitaire. L’absence de règles claires et harmonisées a installé une hiérarchie artificielle entre les corps de la fonction publique, nourrissant frustration, démotivation et profond sentiment de déconsidération au sein du système éducatif.
Pourtant, les solutions sont connues depuis plus d’une décennie : rationaliser et harmoniser les indemnités, les adosser aux grilles indiciaires, instaurer des critères transparents, moderniser la gouvernance salariale et renforcer l’encadrement juridique. L’ambition était claire : bâtir un système de rémunération équitable, cohérent et porteur de stabilité sociale.
Mais plus de dix ans après, l’inaction persiste. Dès lors, la question n’est plus celle du diagnostic, mais bien celle du courage politique. Maintenir un tel déséquilibre revient à institutionnaliser l’injustice et à fragiliser durablement l’école publique.
Réformer le régime indemnitaire n’est ni une faveur ni une concession. C’est une exigence de justice, un impératif de reconnaissance envers celles et ceux qui façonnent l’avenir de la Nation, et une condition indispensable pour restaurer la motivation, la dignité professionnelle et la performance du système éducatif. Le temps des constats est révolu. Celui des décisions doit s’ouvrir.
Aliou Diouf Secrétaire général national du CUSEMS








