L’actualité judiciaire autour d’une affaire de mœurs présumées continue de susciter de vives réactions au Sénégal, ravivant un débat sensible où s’entrecroisent religion, politique, justice et médias. À Kaolack, Abdallah Ndao, frère de feu Imam Alioune Badara Ndao, a pris la parole pour situer cette affaire dans un contexte plus large, marqué selon lui par des fractures sociales profondes et des attentes fortes vis-à-vis des nouvelles autorités.
Dans une déclaration publique, le membre du mouvement Samm Jikoyi est revenu sur le traitement médiatique dont avait fait l’objet son défunt frère lors de son arrestation il y a quelques années. Il dénonce une stigmatisation excessive et une médiatisation qu’il juge préjudiciable, estimant que cette expérience continue d’alimenter une défiance persistante entre certains leaders religieux et une partie de la presse nationale.
Au-delà de cette dimension mémorielle, l’intervention d’Abdallah Ndao met surtout en lumière une interpellation directe de l’État. Il rappelle que l’alternance politique récente a été portée par une forte mobilisation populaire, nourrie par l’espoir de réformes profondes et d’une gouvernance en rupture avec les pratiques antérieures. Selon lui, certaines promesses électorales, notamment celles relatives aux questions de société et aux valeurs morales, sont aujourd’hui très attendues par une frange importante de la population.
Le discours s’inscrit ainsi dans un contexte de pression citoyenne accrue sur le nouveau régime, sommé de clarifier sa position et de traduire ses engagements en actes législatifs concrets. Pour les partisans de cette ligne, l’enjeu dépasse les faits divers : il touche à la protection de la jeunesse, à la préservation du tissu social et à la capacité des institutions à répondre aux préoccupations morales d’une société majoritairement conservatrice.
Par ailleurs, Abdallah Ndao a également souligné la responsabilité collective, appelant les citoyens, les guides religieux et les médias à jouer un rôle d’équilibre. Il invite la presse à privilégier un traitement rigoureux et responsable de ces affaires sensibles, afin d’éviter les dérives sensationnalistes susceptibles d’exacerber les tensions sociales.
Cette prise de position illustre une réalité plus large : les affaires de mœurs, au Sénégal, ne relèvent plus uniquement du registre judiciaire. Elles deviennent des révélateurs de rapports complexes entre pouvoir politique, opinion publique, religion et médias, dans un contexte de transition où chaque décision de l’État est scrutée, interprétée et souvent politisée.








