Le Comité mémoriel de la Révolution du Fouta-Tooro (COMREF), en collaboration avec le Centre de recherche Baajoordo, a procédé ce mardi 24 février 2026 au lancement officiel des activités commémoratives du 250e anniversaire de la Révolution du Fuuta-Tooro (1776-2026). La cérémonie s’est tenue à la Place du Souvenir africain, en présence de nombreuses autorités administratives, universitaires, religieuses et culturelles.
Parmi les personnalités présentes figuraient Amadou Tidiane Wane, ministre conseiller du Président de la République, le Professeur Mamadou Youry Sall, président du comité scientifique et initiateur de l’événement, Pape Faye, président du COMREF, Amadou Diaw, représentant la directrice générale de la Place du Souvenir africain, Djimé Drame, ministre conseiller chargé des Affaires religieuses, ainsi que l’ambassadeur d’Égypte au Sénégal.
Il y a 250 ans, le Fuuta-Tooro se soulevait sous la conduite de Ceerno Sileymaani Baal pour renverser la dynastie Deeniyaŋke et instaurer l’Almaamiya, un système politique fondé sur la compétence, la vertu et les principes de l’humanisme islamique. Cette révolution s’opposait à la tyrannie, aux incursions extérieures et à la traite négrière, et posait les bases d’un ordre social nouveau axé sur la justice, la morale et la primauté du savoir.
Pour les organisateurs, cet anniversaire constitue une occasion majeure de réhabiliter un pan essentiel de l’histoire africaine, souvent marginalisé dans les récits dominants.
Dans son intervention, le Professeur Mamadou Youry Sall a mis en avant l’existence de correspondances historiques attestant de la position ferme des autorités du Fuuta-Tooro contre l’esclavage. Il a souligné que ces textes, adressés notamment aux autorités européennes de l’époque, démontrent une conscience politique et morale avancée, antérieure à certaines abolitions occidentales.
Il a plaidé pour une large diffusion de ces archives, leur traduction et leur intégration dans les programmes académiques afin que les jeunes générations puissent mieux s’approprier leur héritage.
Prenant la parole au nom du Chef de l’État, Amadou Tidiane Wane a transmis les salutations du Président de la République et salué le travail scientifique accompli autour de cette commémoration.
Il a rappelé que la Révolution du Fuuta-Tooro précède la Révolution française et s’inscrit dans une période marquée également par la Guerre d’indépendance des États-Unis. Selon lui, cette antériorité chronologique mérite d’être reconnue dans l’histoire universelle des mouvements d’émancipation.
Appelant à « déchausser les lunettes que l’Occident nous a mises », il a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de relire son histoire avec ses propres référentiels et de valoriser ses productions intellectuelles et spirituelles. Évoquant les analyses de Frantz Fanon sur les séquelles psychologiques de la colonisation, il a souligné l’urgence d’une reconquête mentale et culturelle.
Pour Pape Faye, président du COMREF, cette commémoration constitue « une véritable reconquête mémorielle pour la dignité de l’Afrique ». Il a rendu hommage aux figures historiques du Fuuta-Tooro dont l’engagement contre l’oppression et la corruption reposait sur des valeurs spirituelles profondes et une gouvernance éthique.
Le programme du 250e anniversaire prévoit, tout au long de l’année 2026, des rencontres scientifiques, des expositions, des caravanes culturelles et des activités pédagogiques destinées à renforcer le dialogue intergénérationnel et à ancrer durablement cet héritage dans la conscience collective.
En accueillant cette cérémonie, la Place du Souvenir africain confirme sa vocation d’espace dédié à la mémoire et à la valorisation du patrimoine africain.
À travers cette célébration, le Fuuta-Tooro rappelle qu’il fut, dès le XVIIIe siècle, un foyer de pensée politique et spirituelle dont l’écho continue de nourrir les débats contemporains sur la gouvernance, la justice et la dignité.
Moussa Diba








