Dakar a abrité, ce vendredi 27 mars 2026, un panel de haut niveau consacré à la valorisation de la chaîne de valeur du coton africain, en marge de Africa Sourcing and Fashion Week Dakar 2026. Organisée par AUDA-NEPAD à travers son programme ACSAR, la rencontre s’est tenue au Centre des Expositions de Diamniadio, réunissant experts, industriels, décideurs publics et acteurs de la mode.
Placée sous le thème « Du champ à la mode : libérer le potentiel de la chaîne de valeur du coton africain », la session a mis en évidence un paradoxe persistant : bien que l’Afrique produise une part importante du coton mondial, elle en transforme moins de 5 % localement. Une situation qui entraîne une perte considérable de valeur ajoutée pour les économies du continent.
Les échanges ont ainsi insisté sur la nécessité d’accélérer l’industrialisation du secteur textile, dans un contexte où le marché africain de l’habillement, estimé à 39 milliards de dollars en 2025, devrait atteindre 49 milliards à l’horizon 2030. Pour les participants, la transformation locale du coton constitue un levier stratégique de création d’emplois, de développement des compétences et de souveraineté économique.
Au-delà des enjeux économiques, la question de la préservation du patrimoine culturel a occupé une place centrale. Les textiles traditionnels africains, tels que le Kente, le Mandjak ou encore l’Aso Oke, font face à une concurrence accrue liée aux imitations et à l’appropriation culturelle. Les panélistes ont plaidé pour un renforcement des mécanismes de protection, notamment à travers la propriété intellectuelle et les indications géographiques.
Dans cette dynamique, AUDA-NEPAD a annoncé la mise en place d’un mécanisme d’apprentissage par les pairs destiné à accompagner les États africains dans la protection et la valorisation de leurs textiles. Une étude continentale sur la chaîne de valeur du coton, avec le Ghana comme pays pilote, sera également lancée.
Prenant part aux discussions, la Directrice générale de l’Agence pour la Promotion et le Développement de l’Artisanat (APDA), Sophie Nzinga Sy, a souligné l’importance de renforcer les synergies entre artisanat et industrie. Elle a notamment mis en avant les initiatives en cours pour soutenir les artisans sénégalais et relancer l’industrie textile nationale, en partenariat avec des acteurs industriels.
Même son de cloche du côté de la Directrice générale de Aissa Dione Tissus SA, Aïssa Dione, qui a insisté sur l’urgence de produire localement des biens textiles de base afin de réduire la dépendance aux importations. Elle a également plaidé pour la création d’écoles techniques afin de former une main-d’œuvre qualifiée capable de soutenir cette transformation.
Au terme de ce panel, les participants ont appelé à une mobilisation accrue des États, du secteur privé et des partenaires techniques pour faire émerger une industrie textile africaine compétitive et durable.
À travers cette rencontre, Dakar confirme son ambition de se positionner comme un hub régional du textile et de la mode, au cœur d’une Afrique résolument tournée vers la transformation locale et la valorisation de ses ressources.
Moussa Diba








