Dans les rues de Kaolack, capitale du Saloum, les regards sont lourds de sens. Derrière les visages fermés de nombreux jeunes se cache une réalité persistante et préoccupante : celle d’un chômage endémique qui freine les ambitions et fragilise le tissu social.
Ici, décrocher un emploi relève souvent du parcours du combattant, tandis que l’accès au financement pour entreprendre demeure un luxe inaccessible pour beaucoup.
Une jeunesse en quête d’opportunitésAssis à l’ombre d’un arbre dans le quartier de Ndorong, Ibrahima Sy, 30 ans, diplômé en géographie, peine à cacher sa frustration.
« Cela fait trois ans que je dépose des CV sans réponse. Parfois, je me demande à quoi ont servi toutes ces années d’études », confie-t-il, le regard vide.
Comme lui, des centaines de jeunes, diplômés ou non, se retrouvent sans emploi stable. Les secteurs porteurs sont rares, et les offres d’emploi insuffisantes. Beaucoup survivent grâce à des activités précaires, bien loin de leurs aspirations initiales.
Le manque de financement, principal obstacle
Pour ceux qui tentent de se tourner vers l’entrepreneuriat, un autre défi majeur se pose : l’accès au financement.
Amina Dione, 24 ans, rêvait de lancer une unité de transformation de produits locaux. Aujourd’hui, son projet reste à l’état d’idée.
« On nous encourage à entreprendre, mais avec quels moyens ? Les banques exigent des garanties que nous n’avons pas. Même les programmes d’aide sont difficiles d’accès », déplore-t-elle, émue.
Dans toute la région, les jeunes dénoncent un accompagnement jugé insuffisant. Si des initiatives publiques existent, elles restent limitées face à l’ampleur des besoins.
Des conséquences sociales alarmantes
Au-delà de l’économie, le chômage prolongé engendre des impacts sociaux préoccupants : perte de repères, frustration, voire dérives.
Mouhamed Moustapha Ndiaye, ancien apprenti mécanicien, témoigne avec gravité :
« J’ai vu des amis sombrer… certains ont tenté l’émigration clandestine, d’autres ont basculé dans l’illégalité. On ne veut pas ça, mais quand tout est bloqué, on finit par perdre espoir. »
Dans plusieurs quartiers proches de Médina Baye, notamment à Sam et Darou Rahmaty, les familles assistent, impuissantes, à la détresse de leurs enfants. Une situation qui accentue la vulnérabilité sociale.
Colère et désillusion face aux promesses politiques
Au fil des témoignages, une même dénonciation revient : celle du non-respect des engagements politiques.
Certains jeunes pointent du doigt un manque d’implication des autorités territoriales et critiquent des promesses électorales non tenues. D’autres évoquent un sentiment d’exclusion face aux politiques publiques.
« On nous avait promis la rupture, mais sur le terrain, rien ne change », lance un jeune rencontré sur place.
Plusieurs dénoncent également ce qu’ils qualifient de clientélisme politique, accusant certains responsables de privilégier leurs militants au détriment de la compétence.
Quelles solutions pour inverser la tendance ?
Face à cette situation critique, plusieurs pistes émergent :
Faciliter l’accès au financement avec des mécanismes adaptés aux jeunes
Renforcer la formation professionnelle en adéquation avec le marché local
Soutenir les initiatives locales portées par les collectivités territoriales
Mettre en place des incubateurs régionaux pour accompagner les porteurs de projets
Encourager les partenariats public-privé pour stimuler l’emploi durable
Une lueur d’espoir malgré tout
Malgré les difficultés, une partie de la jeunesse refuse de céder au découragement. Des initiatives communautaires commencent à voir le jour, portées par une volonté de résilience. « Nous ne demandons pas l’aumône, seulement une opportunité », insiste Ablaye Diagne.
À Kaolack, l’espoir subsiste, fragile mais tenace. Toutefois, sans réponses concrètes et urgentes, le risque demeure réel : celui de voir toute une génération sacrifiée sur l’autel du chômage.








