Dans son ouvrage intitulé « Hiérarchie et contreperformance de l’administration publique au Sénégal : les exemples de la gestion du Covid-19 et des manifestations de mars 2021 », le Docteur Doudou Sall livre une analyse décapante et courageuse du fonctionnement de l’État sénégalais. Ancien colonel de la Gendarmerie nationale, l’auteur met à profit sa double expertise — professionnelle et académique — pour interroger un pilier sacré de la bureaucratie : la hiérarchie.
Une thèse audacieuse : la hiérarchie comme frein au développement
Alors que la structure hiérarchique est traditionnellement perçue comme un gage de stabilité et d’ordre, Doudou Sall postule qu’elle est paradoxalement le moteur d’une certaine « contreperformance ». L’auteur identifie un style de leadership essentiellement autocratique qui domine l’Administration publique sénégalaise (APS). Ce modèle se caractérise par une centralisation excessive, un monopole de l’information par le chef, et une culture de la répression qui étouffe l’autonomie des agents et des administrés.
Une analyse empirique au cœur des crises
La force de cet ouvrage réside dans son ancrage empirique. Sall ne se contente pas de théories ; il passe au crible dix crises majeures, allant du naufrage du Joola aux inondations récurrentes, en passant par les événements de mars 2021. L’auteur démontre que, dans la gestion du Covid-19 ou des troubles sociopolitiques, l’APS privilégie l’efficacité immédiate (maintien de l’ordre, mesures d’urgence) au détriment de la pertinence à long terme. Le diagnostic est sans appel : cette approche « événementielle » occulte les causes profondes des crises, rendant l’administration réactive plutôt que proactive.
Le caractère « crisogène » de l’autorité
L’un des points les plus percutants est la mise en lumière du caractère « crisogène » du rôle hiérarchique. Sall explique comment certaines décisions unilatérales et l’absence de reddition des comptes exacerbent les tensions sociales plutôt que de les apaiser. Il souligne notamment le sentiment d’injustice généré par des mesures perçues comme purement politiques ou répressives, et cite les cas de radiations ou de limogeages médiatisés comme des facteurs aggravants de la défiance publique.
Conclusion : un appel à un leadership transformationnel pour la modernisation de l’APS
Plus qu’un simple réquisitoire, cet ouvrage est un plaidoyer pour un leadership transformationnel. Doudou Sall appelle à une modernisation de l’APS qui replacerait l’administré au centre du processus de performance.
Écrit avec une rigueur scientifique remarquable et préfacé par le ministre de la Fonction publique lui-même, cet ouvrage est indispensable pour comprendre les défis de la gouvernance en Afrique de l’Ouest. C’est une lecture salutaire pour les décideurs, les chercheurs et tout citoyen désireux de voir une administration plus transparente, plus humaine et, in fine, plus performante.








