À l’heure où le Sénégal amorce une nouvelle ère en tant que producteur d’hydrocarbures, la société civile hausse le ton. La coalition Publiez Ce Que Vous Payez Sénégal, avec l’appui du Natural Resource Governance Institute, appelle les autorités à intégrer pleinement les enjeux climatiques dans la réforme en cours des codes extractifs.
Cette interpellation intervient dans un contexte marqué par le démarrage de projets pétroliers et gaziers majeurs, notamment Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, qui positionnent désormais le Sénégal comme un acteur émergent du secteur énergétique. Toutefois, cette dynamique coïncide avec des engagements internationaux forts, à l’image de l’Accord de Paris, que le pays s’est engagé à respecter.
Au cœur des préoccupations de la coalition figure la question des émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement nocif pour le climat. Issues des fuites d’infrastructures, du torchage, du dégazage ou encore des opérations de production et de transport, ces émissions restent encore insuffisamment encadrées au Sénégal.
Selon la PCQVP, le cadre juridique actuel présente des lacunes importantes, notamment l’absence d’obligations strictes en matière de mesure et de reporting des émissions, un déficit de transparence sur les données environnementales, ainsi que des mécanismes de contrôle et de sanction jugés faibles.
Si la coalition salue l’initiative de l’État visant à réviser les codes extractifs, elle estime que le processus doit être davantage inclusif et ambitieux. Elle plaide notamment pour une meilleure prise en compte des préoccupations environnementales et une participation effective des communautés locales, en particulier les femmes, les jeunes et les groupes vulnérables.
Des consultations élargies, tenues en décembre 2025, ont permis de recueillir les contributions de divers acteurs. Les conclusions ont ensuite été partagées avec plusieurs institutions clés, dont le COS PETROGAZ, le GES PETROGAZ, le CN-ITIE Sénégal ainsi que la Commission Énergie et Ressources minérales de l’Assemblée nationale.
À l’issue de ce processus, la PCQVP Sénégal formule plusieurs recommandations majeures. Elle préconise notamment l’instauration de mécanismes obligatoires de mesure, de reporting et de vérification (MRV) des émissions de gaz à effet de serre, un encadrement strict du torchage et du dégazage, ainsi qu’une transparence accrue des données environnementales.
La coalition appelle également au renforcement des dispositifs de contrôle et de sanction, à une meilleure implication des communautés locales dans la gouvernance du secteur, et à un alignement des codes extractifs avec les engagements climatiques internationaux du Sénégal.
Un appel à une réforme responsable et inclusive
Au-delà du plaidoyer, la société civile lance un appel clair aux décideurs publics : adopter une réforme des codes extractifs qui soit à la fois transparente, inclusive et respectueuse de l’environnement. Elle invite également les partenaires techniques et financiers à soutenir cette dynamique, afin de garantir une exploitation durable et équitable des ressources naturelles.
Active depuis 2011, la coalition PCQVP Sénégal fédère une trentaine d’organisations et s’impose aujourd’hui comme un acteur incontournable du plaidoyer pour la transparence et la redevabilité dans la gestion des ressources extractives au Sénégal.
Moussa Diba








