
Le récent remaniement ministériel a marqué une évolution institutionnelle, l’action sociale qui dépendait jusqu’ici du Ministère de la Santé est désormais rattachée au Ministère de la Femme, de la Solidarité et de l’Action sociale.
Certes, cette décision n’est pas anodine. Elle a le mérite de replacer le handicap dans une dynamique de solidarité et de droits humains, au-delà du seul cadre médical. Elle ouvre aussi la porte à des synergies avec les politiques sociales et de genre. Mais une question se pose : est-ce suffisant ?
Car derrière cette réorganisation, le handicap reste orphelin d’un véritable poids politique. Il n’existe toujours pas de représentant direct des personnes handicapées au Conseil des ministres. Leur voix est relayée par une direction technique au sein d’un vaste ministère, sans garantie que leurs priorités trouvent une place au cœur des décisions nationales.
Et pourtant, les faits sont là : grâce à l’implication du Premier ministre, des députés handicapés ont pu être élus à l’Assemblée nationale. C’est la preuve que lorsque la volonté politique existe, la participation des personnes handicapées devient une réalité. Pourquoi alors s’arrêter en si bon chemin ?
Le Sénégal dispose déjà d’une boussole : la Loi d’orientation sociale. Son article 48 prévoit la mise en place d’une Haute Autorité en charge du handicap. Quinze ans après son adoption, cette disposition reste lettre morte.
Mettre en œuvre cette Haute Autorité permettrait enfin de donner une cohérence à des politiques trop souvent éclatées entre plusieurs ministères (santé, éducation, emploi, transport, sport, culture…).
Aujourd’hui, il faut avoir le courage d’aller plus loin. Mettre en place la Haute Autorité du Handicap prévue par la loi. Et mieux, créer un Secrétariat d’État ou un Ministère délégué au Handicap, avec siège au Conseil des ministres, pour que la voix des personnes handicapées soit entendue dans toutes les décisions.
Le handicap n’est pas une question sectorielle. C’est une question transversale qui touche à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à la mobilité, à la culture et au sport. Sans représentation politique forte, l’inclusion restera un vœu pieux.
Le transfert de l’Action sociale vers le Ministère de la Femme et de la Solidarité est une étape. Mais pour construire un Sénégal véritablement inclusif il faut franchir un cap, donner au handicap la place qui lui revient au sommet de l’État.
Parce qu’un pays ne peut se développer pleinement en laissant des millions de ses citoyens en marge.
Dakar, le 23 septembre 2025
Mamadou KEBE
Sociologue conseiller








