
Le Sénégal avance dans une zone grise où la politique semble de plus en plus guidée par la mise en scène plutôt que par la prise de décision. Le rapprochement annoncé entre la Présidence et le PASTEF a créé l’illusion d’un apaisement, mais en profondeur rien ne témoigne d’une véritable convergence stratégique. L’accord ne repose que sur une surface fragile : un Taff Yeunguel, une avancée incertaine où chaque pas semble reposer sur un sol instable.Une économie qui ne suit plus la narration politique
Pendant que la scène politique se reproduit elle-même, l’économie poursuit sa propre logique, insensible aux effets d’optique. La hausse des recettes publiques s’explique avant tout par la croissance démographique et l’élargissement de l’assiette fiscale touchant les couches les plus vulnérables, non par l’émergence d’une vision économique cohérente.
Parallèlement, les dépenses obligatoires étouffent l’État, limitant progressivement sa capacité d’action. Le budget fonctionne comme un organisme qui consomme l’essentiel de son énergie à survivre, sans investir dans son avenir. Une croissance qui ne se transforme pas en puissance publique devient une fragilité silencieuse.
Le pastefisme : une dramaturgie devenue doctrine
Dans ce contexte, le pastefisme impose moins un programme qu’un climat politique. Le signe, le geste, l’absence même prennent davantage de poids que les décisions. La politique se déporte vers la mise en scène, reléguant la République à l’arrière-plan d’un théâtre où l’image prime sur la méthode. Ce déplacement mine l’action publique : l’État se retrouve prisonnier d’un jeu où l’ambiguïté entretient l’influence et où la tension remplace la profondeur.
L’énergie, symbole d’un système inversé .Les secteurs stratégiques en subissent
pleinement les conséquences.
L’énergie, poumon potentiel de la stabilité économique, se transforme en facteur de fragilité. La SENELEC absorbe des ressources colossales qui auraient pu soutenir les infrastructures, l’industrie ou le capital humain. Ses inefficiences, désormais structurelles, contraignent l’État à détourner des fonds essentiels, laissant les étudiants attendre des bourses qui auraient dû financer leur progression.
Le budget devient le miroir d’un pays dont les priorités se sont inversées.
Une gouvernance piégée entre ordre technique et tension politique. La Présidence se retrouve dans une équation presque insoluble : ramener l’État à la rigueur nécessaire tout en ménageant un partenaire politique dont la force repose sur la tension permanente. Chaque tentative de clarification est immédiatement rééquilibrée par une nouvelle zone d’ambiguïté. Cette oscillation brouille l’autorité de l’État et érode la confiance institutionnelle.
Les coûts cachés de l’incertitude
Cette confusion a des effets concrets. Les négociations financières se compliquent, les investisseurs ralentissent leurs engagements, et le risque politique agit désormais comme une variable économique autonome. Le coût du capital augmente, les décisions se décalent : l’économie paie une facture invisible mais lourde.
Dans un budget saturé par les charges obligatoires, l’État ne dispose plus de marges de manœuvre. Les arbitrages deviennent défensifs. Chaque hésitation politique se convertit en coût macroéconomique.
Un compromis qui suspend le pays
Le compromis actuel n’est pas un accord : c’est une suspension.
Le PASTEF maintient son influence interne ; la Présidence évite l’affrontement qui permettrait pourtant de clarifier le paysage. Entre les deux, le pays demeure figé, incapable de s’engager dans une trajectoire claire.
La voie d’une sortie : revenir aux fondamentaux républicains
Sortir de cette impasse exige de renouer avec ce que la République a de plus exigeant : clarté, compétence, cohérence.
Il faut rétablir un pilotage technique des politiques publiques, replacer l’économie dans son cadre analytique, reconstruire un État qui ne soit plus tributaire des ambiances politiques. Le Sénégal n’a plus la patience pour les effets de lumière. Il exige une direction.
Le pays dispose des ressources humaines, institutionnelles et intellectuelles pour cette transformation. Ce qui manque, encore, c’est l’acte politique capable de convertir la lucidité en décision. Le théâtre pastefien a dominé trop longtemps. Il a capté la scène tout en vidant la gouvernance de son énergie. Il est temps d’éteindre les projecteurs, de quitter le décor et de retrouver la route. Le Sénégal mérite une écriture nouvelle : débarrassée des illusions, tournée vers la construction.








