La Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) traverse une période de fortes tensions internes, sur fond de désillusion et de malaise profond. En cause : l’attitude du directeur général, Pape Alé Niang, vis-à-vis de celles et ceux qui, hier encore, s’étaient mobilisés sans réserve pour le soutenir lors de ses moments les plus éprouvants face au régime sortant.
Au plus fort de ses démêlés judiciaires et politiques, de nombreuses voix s’étaient élevées pour défendre Pape Alé Niang. Journalistes, acteurs de la société civile, militants des droits humains et simples citoyens avaient alors dénoncé ce qu’ils considéraient comme une atteinte grave à la liberté de la presse. Ce soutien, parfois courageux et non sans risques, avait contribué à maintenir la pression publique et à faire de son cas un symbole de la lutte contre l’arbitraire.
Parmi ces soutiens figure Abibou Mbaye, journaliste à la RTS, qui n’avait pas hésité, à l’époque, à braver sanctions et intimidations pour apporter son appui à Pape Alé Niang. De l’École normale supérieure à la place du Jet d’eau, en passant par les veillées nocturnes organisées avec le collectif de soutien mis en place, son engagement avait été constant et visible. Aujourd’hui pourtant, il fait partie des premiers cadres « mis au frigo », selon plusieurs sources internes, malgré des résultats professionnels largement salués. En un laps de temps relativement court, il était parvenu à hisser le Journal télévisé de 19 heures en wolof à un niveau d’audience jamais égalé.
Le contraste avec la situation actuelle est saisissant. Plusieurs soutiens d’hier affirment être désormais marginalisés, écartés des cercles de décision, voire traités comme des adversaires internes. Certains évoquent une mise à l’écart méthodique, alimentant un sentiment d’injustice et d’ingratitude au sein de l’entreprise publique.
Au cœur de la RTS, ce revirement est perçu par de nombreux agents comme une rupture brutale avec les valeurs qui avaient pourtant fondé le combat de Pape Alé Niang : l’équité, la reconnaissance du mérite et la solidarité professionnelle. Des voix internes dénoncent une gestion jugée autoritaire, où toute critique, même constructive, est assimilée à une hostilité personnelle.
Ce malaise soulève une interrogation centrale : comment comprendre qu’un homme porté au sommet par un vaste élan de solidarité en arrive à considérer ses anciens soutiens comme des adversaires ? Pour plusieurs observateurs, cette situation illustre les dérives possibles de l’exercice du pouvoir, y compris lorsqu’il est assumé par des figures qui incarnaient hier encore la rupture, la justice et l’espoir d’un renouveau.
Au-delà des personnes, c’est l’image même de la RTS, média public par excellence, qui se trouve aujourd’hui en jeu. Dans un contexte où les médias d’État sont attendus sur leur exemplarité, la reconnaissance des sacrifices passés, l’équité dans la gestion des ressources humaines et l’ouverture au dialogue apparaissent comme des impératifs. À défaut, la fracture actuelle risque de s’approfondir et de fragiliser durablement la cohésion interne de l’institution.
Kémo DAFFÉ








