Le Directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), Jean-Michel Sène, est monté au créneau ce mercredi lors d’une conférence de presse consacrée à un exercice de transparence autour du contrat liant l’ASER à la société espagnole AEE Power.
Face aux journalistes, le patron de l’ASER a adopté un ton offensif, dénonçant ce qu’il qualifie de “campagnes de dénigrement orchestrées” contre son institution. « Certains journalistes sont payés pour s’attaquer à l’ASER », a-t-il affirmé, évoquant des sources de financement qu’il dit connaître, sans en révéler les détails.
Dans une déclaration particulièrement virulente, Jean-Michel Sène a directement mis en cause Thierno Alassane Sall, l’accusant de propager des informations infondées.
Il a notamment évoqué des liens présumés entre ce dernier et Saïdou Kane, affirmant que « personne ne peut les délier ». Le Directeur général de l’ASER a également avancé des accusations graves, évoquant un montant de 65 milliards de FCFA encaissés pour seulement 16 milliards réalisés, posant la question du devenir des 49 milliards restants.
« Qu’il cite un seul franc détourné par moi, et on verra », a-t-il lancé, défiant publiquement toute preuve de malversation à son encontre.
Revenant sur ses relations avec les médias, le DG de l’ASER a assuré que son institution a déjà traversé plusieurs vagues de critiques ces dernières années.
« Depuis 2021, nous avons tout enduré. Aujourd’hui, nous ne sommes plus ébranlés », a-t-il déclaré, affirmant sa détermination à faire face à toute nouvelle polémique.
En toile de fond de cette affaire, le nom de Saïdou Kane revient de manière récurrente dans plusieurs dossiers impliquant des secteurs stratégiques comme l’agriculture, le numérique et l’électricité.
Selon des accusations relayées dans l’espace public, un schéma récurrent se dessinerait :
● financement extérieur adossé à la banque espagnole Banco Santander
● intervention d’entreprises étrangères
● présence d’un intermédiaire local
● captation de marchés via des mécanismes de sous-traitance
Des dossiers comme Intermaq (tracteurs agricoles) ou SENUM (projets numériques) auraient révélé :
■《des paiements sans base contractuelle solide
■ du matériel non livré
■ des flux financiers opaques estimés à plusieurs milliards FCFA
Dans le cas spécifique d’AEE Power, il est avancé que des factures présumées falsifiées impliquant des structures publiques comme la DGID, la DCMP ou l’ARCOP auraient été produites pour réclamer des paiements.
Ces pratiques auraient conduit à une rupture de collaboration avec la société espagnole, déclenchant l’ampleur actuelle de la controverse.
La récurrence de la banque Banco Santander dans plusieurs projets stratégiques soulève des interrogations :
● Comment cette institution est-elle impliquée dans autant de projets sensibles au Sénégal ?
● Quels sont les critères de sélection des partenaires étrangers ?
● Quel rôle exact jouent les intermédiaires locaux dans ces montages financiers ?
Autant de questions qui restent, pour l’heure, sans réponses claires.
Clôturant son propos, le Directeur général de l’ASER a évoqué un montant de 7,7 milliards de FCFA d’avance non récupérés, sans donner davantage de précisions sur les responsabilités engagées.
Entre accusations croisées, soupçons de détournements et interrogations sur la gouvernance des projets publics, l’affaire ASER – AEE Power s’impose désormais comme un dossier majeur de transparence publique au Sénégal.
Elle met en lumière les enjeux liés à la gestion des financements internationaux, à la régulation des partenariats publics-privés et à la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle dans les secteurs stratégiques.
Moussa Diba








