Le paysage cinématographique sénégalais s’est enrichi d’une nouvelle œuvre forte avec l’avant-première du film « Rafet », réalisée par Khadidiatou Sow. L’événement s’est tenu ce mercredi 8 avril 2026 au Musée des Civilisations Noires, en présence de figures majeures du cinéma et de la culture, dont le cinéaste Moussa Sène Absa, ainsi que de nombreux acteurs culturels et professionnels des médias.
Tourné dans le quartier lébou de Ngor à Dakar, Rafet raconte l’histoire bouleversante d’une fillette de 12 ans contrainte de cacher son visage derrière un masque pour fuir les moqueries. À travers ce récit intime, le film explore des thèmes universels : rejet, identité, estime de soi et acceptation de la différence.
Porté par une approche à la fois artistique et humaine, le film se présente comme une véritable ode à la dignité et à la singularité. Il met en lumière les blessures invisibles causées par les normes sociales et questionne le regard que la société porte sur l’apparence physique.
Prenant la parole avec émotion, la réalisatrice Khadidiatou Sow a livré un témoignage personnel fort, révélant que Rafet est profondément inspiré de son propre vécu. Elle a évoqué les remarques et jugements subis durant son enfance, liés à son apparence physique.
Pour elle, ce film constitue bien plus qu’une création artistique :
« Ce que certains considèrent comme une faiblesse peut devenir une force. »
À travers Rafet, elle affirme avoir voulu donner une voix à toutes celles et ceux qui souffrent en silence, tout en lançant un appel à plus de bienveillance, de respect et de conscience sociale.
Représentant le ministère de la Culture, Mounirou Barro a salué une œuvre « profondément humaine », soulignant l’importance de soutenir le court-métrage et de renforcer un écosystème cinématographique inclusif au Sénégal. Il a insisté sur la nécessité de promouvoir des productions locales capables de porter des messages sociaux forts.
De son côté, Oumy Diegane Niang a rendu un vibrant hommage à la réalisatrice, saluant son talent, son humilité et son impact inspirant sur les jeunes femmes entrepreneures culturelles.
La projection de Rafet s’inscrit dans une démarche plus large, avec l’organisation d’un panel autour du thème :
« Cinéma et questions sociales : acceptation de soi et enjeux socio-culturels ».
Des intervenants issus de divers horizons – psychologie, journalisme, arts et éducation , ont été mobilisés pour approfondir les réflexions soulevées par le film, notamment sur les violences psychologiques, les standards de beauté et la construction de l’estime de soi.
Formée aux Beaux-Arts de Dakar et aux Ateliers Varan de Paris, Khadidiatou Sow s’inscrit dans une démarche artistique transdisciplinaire, mêlant cinéma et arts plastiques. Son parcours est marqué par des distinctions internationales, notamment pour son court-métrage Une place dans l’avion, primé au FESPACO.
Avec Rafet, elle confirme une signature artistique engagée, centrée sur les questions d’identité, de normes sociales et de dignité humaine.
Au-delà du cinéma, Rafet se veut un véritable outil de sensibilisation et de transformation sociale. La soirée s’est poursuivie par un vernissage d’exposition, illustrant les liens entre cinéma et peinture à travers les œuvres de la réalisatrice.
En définitive, Rafet s’impose comme une œuvre nécessaire, porteuse d’un message universel :
la beauté ne réside pas dans les standards imposés, mais dans l’acceptation de soi et la reconnaissance de la richesse des différences.
M.DIBA
Ci- dessous l’interview réalisée avec la réalisatrice Mme Khadidiatou Sow








