Depuis plus de vingt ans, je me lève chaque jour avec une conviction profonde : celle que la jeunesse de Kolda mérite qu’on croit en elle, qu’on l’accompagne et qu’on lui ouvre des horizons plus grands que ses peurs ou ses limites. Durant toutes ces années, j’ai marché aux côtés de nombreux jeunes dans les domaines du développement, de l’engagement citoyen et de la formation humaine.
Ensemble, nous avons vu naître des dynamiques qui ont redonné espoir à notre région et permis à des milliers de jeunes de se libérer de leurs complexes pour croire enfin en leur potentiel.
Nous avons vu des jeunes tomber puis se relever. Nous avons vu des filles autrefois silencieuses devenir des voix fortes et respectées. Nous avons vu des garçons longtemps enfermés dans le doute découvrir qu’ils avaient eux aussi une valeur, une intelligence et une mission. Rien de tout cela ne s’est construit dans la facilité. Rien ne s’est bâti dans la haine ou dans l’humiliation de l’autre. Tout s’est construit dans l’effort, dans l’encadrement, dans la patience et surtout dans la confiance.
Le CCA, comme d’autres initiatives portées avec engagement, a été bien plus qu’un simple cadre d’activités. Il a été une véritable école de résilience. Un espace où l’on a appris à nos jeunes qu’un échec n’est jamais une fin définitive, mais une étape surmontable grâce au courage, au travail et à un mindset de croissance. Un lieu où l’on a compris qu’aucun destin n’est figé et qu’il est possible de venir de loin tout en rêvant grand.
À travers les clubs des jeunes filles leaders, Babacar Sy a également contribué à forger chez beaucoup de jeunes filles une conscience nouvelle : celle de leur dignité, de leur potentiel et de leur capacité à influencer positivement leur communauté. Et cela mérite d’être reconnu avec honnêteté et grandeur.
Oui, nous pouvons avoir des désaccords. C’est normal. Les divergences existent partout où il y a des idées, des visions et des ambitions différentes. Mais une société grandit lorsqu’elle apprend à transformer ses divergences en richesse, et non en guerre permanente. Le danger commence lorsque nous oublions que derrière chaque opinion se trouve un être humain. Lorsque nous choisissons l’insulte au lieu du dialogue. Lorsque nous préférons détruire une réputation plutôt que construire des solutions.
Je tiens également à exprimer, avec sincérité et responsabilité, mon soutien à Babacar Sy. Au-delà des débats ou des différences de points de vue, il est essentiel de garder une part d’humanité dans nos réactions. Lorsqu’une personne consacre une grande partie de sa vie à accompagner, former et inspirer des jeunes, il est légitime que cet engagement soit regardé avec respect et dignité.
Personne n’est parfait, et aucun parcours humain n’est exempt de critiques. Mais il est profondément regrettable de voir des années de sacrifices et de contributions parfois réduites à des attaques ou à des formes de lynchage sur les réseaux sociaux. La critique peut faire avancer une communauté lorsqu’elle est constructive, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle cherche uniquement à humilier ou à détruire.
Nous devons apprendre, surtout en tant que jeunesse, à faire la différence entre le désaccord et l’acharnement. Une société mature ne détruit pas systématiquement ceux qui ont participé à son évolution. Elle sait reconnaître les efforts fournis, même lorsqu’elle choisit d’emprunter de nouveaux chemins.
Kolda n’a jamais été une terre de haine. Kolda est une terre de dignité, de solidarité et de résilience. Derrière le bruit des polémiques et des réseaux sociaux, il existe une immense majorité silencieuse qui travaille, qui éduque, qui cultive, qui forme, qui soigne et qui inspire. C’est cette force discrète qui fait avancer notre région depuis des années.
Aujourd’hui, plus que jamais, notre jeunesse doit choisir quel héritage elle veut laisser. Un héritage de divisions, de rancœurs et de conflits inutiles ? Ou un héritage d’unité, de dépassement de soi et de construction collective ?
Aucun développement durable ne peut naître dans un climat de haine. Aucun projet sérieux ne peut grandir là où les égos prennent toute la place. Les peuples qui avancent sont ceux qui apprennent à se parler, à se respecter et à se soutenir malgré leurs différences.
À nos jeunes, je veux dire ceci : ne laissez jamais la colère voler votre avenir. Ne laissez jamais les querelles vous détourner de votre mission. Votre énergie doit servir à créer, à entreprendre, à apprendre et à inspirer. Le monde appartient à ceux qui bâtissent, pas à ceux qui détruisent.
Et à ceux qui encadrent, forment et accompagnent depuis des années, n’oublions jamais que notre plus belle victoire n’est pas notre propre réussite, mais celle des jeunes que nous avons aidés à grandir. Voir un ancien élève, un ancien membre de notre structure ou un ancien bénéficiaire de nos renforcements de capacités devenir leader et modèle pour les autres est une récompense qui dépasse toutes les distinctions.
Le moment est venu d’apaiser les cœurs, de baisser le ton et de retrouver l’essentiel. Nous pouvons être différents sans devenir ennemis. Nous pouvons débattre sans nous déchirer. Nous pouvons avancer ensemble sans renoncer à nos convictions.
Car au final, ce qui restera de nous, ce ne sont pas les conflits que nous avons alimentés, mais les ponts que nous aurons construits pour les générations futures
Moudjibou Rahamane BALDE
Consultant formateur sénior
Acteur de développement
Membre de la société civile koldoise
Ecrivain, essayiste et critique littéraire








