
Pourriez-vous vous présenter, ainsi que l’organisation Natural Justice ?
Je m’appelle Madame Dia, Sokhna Dié Ka, Directrice du Hub de Dakar de Natural Justice. Ce Hub couvre cinq pays : le Burkina Faso, la Guinée, Madagascar, le Nigéria et le Sénégal.
Parlez nous de l’organisation que vous représentez ?
Natural Justice (NJ) est une organisation panafricaine active dans le domaine de la justice sociale et environnementale. Nous sommes une équipe d’avocats, de défenseurs et d’experts juridiques spécialisés dans les droits humains, l’environnement, le climat, le droit foncier, le droit des communautés autochtones, locales et le droit du patrimoine. Notre mission principale est de renforcer les droits collectifs des communautés et de protéger les liens sacrés qui unissent les peuples autochtones, les communautés locales à la nature. Nous travaillons en solidarité avec ces communautés, en reconnaissant et en valorisant leurs savoirs, leur consentement et leurs priorités.
Comment votre organisation collabore-t-elle avec les communautés locales au Sénégal ?
Notre organisation collabore avec les communautés à travers trois axes stratégiques que sont : – Se tenir aux côtés des communautés : Nous fournissons aux communautés les outils nécessaires pour participer et diriger les processus de prise de décision ; – Défendre les droits des communautés contre les impacts environnementaux et sociaux : Nous contestons les projets qui nuisent à l’environnement et violent les droits des peuples autochtones et des communautés locales ; – Affirmer et garantir les droits aux terres, aux ressources et aux connaissances : Nous collaborons pour la reconnaissance et la protection des droits collectifs des peuples autochtones/communautés locales sur leurs terres, leurs écosystèmes et leurs savoirs traditionnels, essentiels à leurs moyens de subsistance, leur culture et leur bien-être.
Pouvez-vous expliquer le concept de votre abécédaire sur la transition énergétique au Sénégal ?
L’abécédaire sur la transition énergétique au Sénégal, produit par Natural Justice en 2024, est disponible en version française (avec sous-titrage en anglais) et en version wolof. Ce projet a bénéficié de l’appui financier de African Climate Foundation et du programme African Activists for Climate Justice. Il vise à sensibiliser le grand public, en particulier les enfants et les communautés locales, aux enjeux de la transition énergétique de manière accessible et ludique. Il explique les interrelations et les notions clés liées au changement climatique, à l’énergie et à la transition énergétique.
Après le lancement réussi de nos bandes dessinées, nous avons évalué l’impact de nos vidéos à travers plusieurs approches complémentaires. Nous avons notamment organisé des projections et des ateliers participatifs avec les communautés locales et les enfants, afin de recueillir leurs réactions directes et d’observer comment les messages sont perçus, compris et réutilisés dans leur vie quotidienne.
Ces vidéos ont même été projetées en République Démocratique du Congo (RDC) lors des ateliers de renforcement de capacités, illustrant leur pertinence et leur portée au-delà des frontières. Les bandes ont été largement diffusées sur notre chaîne you tube et sur nos réseaux sociaux.
Cette démarche de vulgarisation témoigne de l’intérêt croissant et de l’importance des questions liées au changement climatique, à l’énergie et à la transition énergétique.
Quel rôle joue l’art ou le storytelling dans la sensibilisation aux questions énergétiques selon vous ?
L’art et le storytelling jouent un rôle essentiel dans notre approche. Ils permettent de communiquer directement avec les publics cibles à travers des animations visuelles et narratives captivantes. Les questions énergétiques, souvent perçues comme techniques ou éloignées du quotidien, deviennent grâce aux bandes dessinées plus concrètes, accessibles et mémorables.
Ce format créatif permet de toucher un public plus large et de susciter un intérêt durable, là où des rapports techniques peinent parfois à retenir l’attention.
Quelles sont vos perspectives pour les années à venir ?
Pour les années à venir, Natural Justice entend renforcer l’éducation populaire sur les enjeux énergétiques et promouvoir des solutions locales adaptées aux réalités des communautés locales.
L’organisation souhaite poursuivre le développement d’outils accessibles, tels que l’abécédaire de la transition énergétique, afin de faciliter la compréhension et l’appropriation citoyenne des questions énergétiques. Elle ambitionne également de travailler plus étroitement avec les jeunes, les enfants, les associations de base et les collectivités locales, pour en faire de véritables acteurs du changement.
Enfin, Natural Justice veut participer activement aux débats nationaux et régionaux, afin d’influencer des politiques énergétiques inclusives, durables et respectueuses des droits des communautés. L’abécédaire s’inscrit dans cette dynamique comme un outil d’éducation et de mobilisation, destiné à éveiller la curiosité, stimuler le débat et encourager des actions concrètes pour une transition énergétique juste et partagée.
Quels défis avez-vous rencontrés pour vulgariser des notions techniques sur le changement climatique, l’énergie et la transition énergétique de manière ludique et compréhensible ?
Le principal défi consistait à simplifier les termes techniques sans en altérer le sens, tout en trouvant leurs équivalents en wolof. Pour y parvenir, nous avons travaillé en étroite collaboration avec des experts et les communautés locales, afin d’élaborer un langage à la fois juste, accessible et culturellement adapté, sans risquer la déformation du sens des concepts.
Le Sénégal peut-il atteindre son objectif de 40 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 ?
Le Sénégal a un potentiel énorme pour atteindre une transition vers les énergies renouvelables d’ici 2030, mais cela ne doit pas se limiter à une question d’infrastructures ou d’investissements.
La vraie réussite dépendra de la capacité à construire une transition juste, qui profite aux communautés locales, crée des emplois durables et réduit les inégalités d’accès à l’énergie. Si les citoyens sont placés au centre, si les choix énergétiques respectent les droits des communautés et s’appuient sur les savoirs locaux, alors oui, le Sénégal peut être un exemple en Afrique et dans le monde. Mais, il faudra une volonté politique forte et une implication réelle de la société civile pour que cette transition bénéficie à tous.








