
Insultes quotidiennes, intimidations répétées, menaces de mort explicites et attaques . Le combat contre l’excision, pourtant interdit par la loi, continue de se mener dans un climat de peur et de violence. Sockna Diop en a payé le prix fort.
Figure engagée de la lutte contre les mutilations génitales féminines dans son village natal Mbellengouth et environ département de kaolack ; la jeune militante a vu son quotidien basculer à mesure que son action gagnait en visibilité. Dans les villages où elle intervenait, les critiques ont rapidement cédé la place aux attaques personnelles. D’abord verbales, puis ouvertement violentes.« Elle était traitée d’ennemie de la tradition, d’impie, de traîtresse à sa communauté », témoigne son père Moussa Diop.
Sur les réseaux sociaux comme dans les concessions, les insultes fusaient, accompagnées de mises en garde glaçantes. Les exciseuses, soutenues par certains cercles communautaires, voyaient en elle une menace directe à leur autorité et à leurs revenus.
Les pressions se sont intensifiées. Des messages anonymes promettaient des représailles. Des propos évoquant la mort circulaient sans détour. « On lui a clairement fait comprendre qu’elle était désormais une cible », confie sa mère Siga Diouf .
Une violence psychologique constante, alimentée par la peur, l’isolement et l’absence de protection réelle.
Dans ce contexte, rester devenait un risque majeur. Face à l’escalade des menaces et au sentiment d’abandon sécuritaire, Sockna Diop a pris le chemin de l’exil aux États Unis d’Amérique. Une fuite forcée, loin de sa famille et de son terrain d’engagement, pour préserver sa vie. Mais l’exil n’a pas effacé les blessures. « Les menaces continuent parfois, même à distance », confie un membre de son organisation, Nouha Biaye. Car partir ne signifie pas toujours être en sécurité, surtout lorsque la haine franchit les frontières.
À travers le cas de Sockna Diop, se dessine une réalité alarmante : au-delà de la loi, les défenseuses des droits des femmes restent exposées à des violences graves, souvent banalisées. Insultes, menaces, diffamation et pressions communautaires constituent une arme redoutable pour faire taire celles qui dérangent.
Son parcours pose une question cruciale : combien de militantes doivent encore se cacher ou s’exiler pour avoir osé protéger des filles ? Tant que la peur continuera d’étouffer les voix, la lutte contre l’excision restera un combat à haut risque.








