Le Musée des Civilisations Noires (MCN) a accueilli, ce vendredi 24 avril 2026 un moment historique, le vernissage de l’exposition « Ousmane SOW, Intemporel ». Public et officiels ont pu découvrir pour la première fois, une retrospective d’envergute consacrée au Sculpteur Ousmane Sow. L’exposition “OUSMANE SOW, INTEMPOREL”, placée sous le commissariat de Béatrice Soulé, réunit une cinquantaine d’œuvres originales couvrant l’ensemble des grandes séries de l’artiste, et est visible au Musée des Civilisations noires pour une durée de trois ans, à compter du 25 avril 2026.
Prenant la parole en ouverture du vernissage de l’exposition-événement “OUSMANE SOW, INTEMPOREL” le Directeur général du Musée des Civilisations noires, Mouhamed Abdallah Ly, a placé cet évenement sous le signe culturel et politique. Rappelant qu’Ousmane Sow appartient à cette catégorie rare d’artistes qui « modifient la manière dont un peuple se regarde lui-même », il a souligné que la monumentalité de l’œuvre est porteuse d’un message : celui d’inviter notre société à se « hisser à la hauteur de l’histoire qui est la sienne », en un temps où l’on tente encore d’ordonner à cette société de rester petite et docile. Accueillir Ousmane Sow au MCN revêt dès lors une portée particulière, car ce musée est loin d’être un lieu neutre : c’est le lieu où l’Afrique pense sa propre histoire, l’expose et la transmet.
Fille du sculpteur, Marina Sow a rendu un hommage vibrant à Béatrice Soulé, commissaire de l’exposition et compagne de route de l’œuvre de son père depuis quarante ans : « Ça n’a pas toujours été facile, mais nous avions un but commun, que l’on a atteint : celui de respecter la mémoire de l’œuvre de Papa. » C’est la fermeture, « à contre-cœur », de la Maison Ousmane Sow en novembre 2025 – happée par la pression foncière qui sévit à Dakar – et le risque que les œuvres quittent le Sénégal qui ont conduit la famille à les confier au MCN pour trois ans, afin d’ancrer l’héritage du “Colosse de Yoff” dans son pays natal et de le rendre accessible à tous les Sénégalais. C’est sur un plaidoyer que Marina Sow a conclu : s’adressant au ministre de la Culture, au secrétaire d’État à la Culture et au chef de l’État, elle a demandé solennellement que la culture et l’art retrouvent, au Sénégal, la place qui leur revient ; non simplement pour son père, qui a « l’immense chance » d’avoir des partenaires fidèles, mais pour tous les artistes qui n’auront peut-être jamais accès à une telle reconnaissance.
Venu présider ce vernissage, Amadou BA, Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, a prononcé un discours magistral, transformant l’événement en une réconciliation profonde entre Dakar et son génie créatif.
« Nous ne nous contentons pas d’inaugurer une exposition. Nous réparons une géographie sentimentale. Nous réconcilions Dakar avec son propre génie. »
« L’art d’Ousmane SOW n’est pas une simple mise en forme de la matière. C’est une insurrection de l’argile contre l’oubli. C’est une épopée du derme et du muscle. »
« Regardez ces géants qui nous entourent. Ils ne sont pas des pierres froides. Ils sont pétris d’une chair inventive, d’une alchimie secrète, où le fer, la paille et le jus de salive défiaient le temps. » SOW, passé du métier de kinésithérapeute à celui de démiurge, a fait de l’anatomie une « poétique de la puissance ». Ces figures tiennent debout par « la dignité de leur posture », incarnant « la verticalité de l’Afrique ».
L’exposition, déploie une cinquantaine d’œuvres originales couvrant l’ensemble des grandes séries de l’artiste : des lutteurs Nouba (série fondatrice révélée en 1987) aux figures monumentales des Masaï, Zoulou et Peulh (explorations souveraines des identités africaines) ; des Petits Nouba (variation intime et poétique) aux grandes effigies de la série Merci (Nelson Mandela, Toussaint Louverture, Victor Hugo), ces hommes qui, selon les mots de l’artiste lui-même, l’ont « aidé à ne pas désespérer du genre humain ». Une salle est également consacrée à la série Little Bighorn, inspirée des peuples autochtones d’Amérique et de leurs luttes, présentée par le biais de photographies et d’une projection en boucle de l’artiste en pleine création dans son atelier dakarois… comme pour rappeler que chez Ousmane Sow, la matière elle-même était une œuvre. L’exposition “OUSMANE SOW, INTEMPOREL” est visible au MCN pour une durée de trois ans, à compter du 25 avril 2026.








