Au campus Baobab de l’Institut Supérieur de Management (ISM), la communauté rwandaise vivant au Sénégal, des étudiants, plusieurs autorités diplomatiques et universitaires ont participé à une journée de mémoire et de réflexion autour du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994.
Dans une atmosphère empreinte de recueillement, d’émotion et d’engagement, l’association Ibuka-Sénégal, en collaboration avec l’Ambassade de la République du Rwanda au Sénégal et l’Institut Supérieur de Management, a organisé au campus Baobab de Dakar une importante rencontre placée sous le thème « Mémoire pour l’avenir ».
L’événement a réuni l’ensemble de la communauté rwandaise vivant au Sénégal, une forte délégation d’étudiants, des responsables académiques, ainsi que plusieurs personnalités diplomatiques de premier plan, notamment les ambassadeurs du Venezuela, de la Namibie, de la Sierra Leone, sans oublier Son Excellence Festus Bizimana, ambassadeur du Rwanda au Sénégal.
Cette rencontre, conçue comme un espace de transmission et de réflexion, visait à sensibiliser les jeunes générations à la nécessité de préserver la mémoire historique, afin de prévenir toute falsification des faits et toute résurgence du négationnisme.
La cérémonie a également été marquée par les témoignages poignants de Dimitrie Sissi et Valens Kabarari, auteurs de récits bouleversants sur le génocide perpétré contre les Tutsis.
LA MÉMOIRE COMME DEVOIR ENVERS LA JEUNESSE
Prenant la parole en ouverture, le Président de Ibuka-Sénégal, Dr Yves Munana, a insisté sur l’importance de transmettre cette mémoire aux jeunes générations.
Pour lui, le projet « Memory to the Future » est né d’une urgence : empêcher l’effacement progressif de l’histoire.
《 Nous sommes les gardiens de cette mémoire. Si nous ne la transmettons pas, elle disparaîtra. Et avec elle, notre combat contre le négationnisme 》, a-t-il déclaré, appelant particulièrement les étudiants à s’approprier cette histoire, à poser des questions et à devenir des relais de sensibilisation.
Évoquant ses échanges récents avec de jeunes universitaires sénégalais peu familiers avec la notion même de génocide, il a souligné la nécessité de renforcer l’éducation historique pour mieux armer les consciences face à la désinformation.
LE RWANDA APPELLE À UNE VIGILANCE INTERNATIONALE
Son Excellence Festus Bizimana a salué l’initiative d’Ibuka-Sénégal et rappelé que documenter la mémoire constitue une responsabilité collective.
Il a insisté sur le fait que la mémoire est une arme essentielle contre la négation et contre toute tentative de banalisation de l’idéologie génocidaire.
Le diplomate a mis en garde contre la persistance du négationnisme, amplifié aujourd’hui par les réseaux sociaux et certains usages malveillants de l’intelligence artificielle.
《 Préserver la vérité historique, c’est aussi empêcher que de telles tragédies se reproduisent ailleurs 》, a-t-il martelé, appelant la communauté internationale à demeurer mobilisée.
L’ISM : ÉDUQUER POUR PROTÉGER L’AVENIR
Représentant le Directeur général de l’Institut Supérieur de Management, Monsieur Abdou Diouf, Madame Le Mar a rappelé que le thème académique de l’année à l’ISM, « Interroger l’avenir », résonne profondément avec cette initiative.
Dans une intervention empreinte d’émotion, elle a établi un parallèle fort entre mémoire et responsabilité éducative.
Elle a notamment souligné la symbolique du campus Baobab, arbre africain de transmission et de résilience.
Selon elle, l’enseignement supérieur a la responsabilité de former des citoyens capables de reconnaître et combattre toutes les formes de haine, de manipulation et de déshumanisation.
《 La mémoire n’a de sens que si elle nous aide à construire un monde plus humain », a-t-elle affirmé.
DES TÉMOIGNAGES BOULEVERSANTS POUR BRISER LE SILENCE
Très émue, Dimitrie Sissi a partagé l’histoire derrière son ouvrage « N’acceptez pas de mourir ».
Elle a raconté comment l’écriture est devenue pour elle une manière de survivre, d’honorer la mémoire des siens plus de 220 membres de sa famille ayant péri et de transmettre à ses enfants l’histoire que nul ne doit oublier.
Son témoignage a mis en lumière la dimension thérapeutique de la parole, non seulement pour les rescapés, mais aussi pour leurs descendants.
《 Parler, c’est guérir. Témoigner, c’est contribuer à la paix 》, a-t-elle confié.
De son côté, Valens Kabarari, survivant alors qu’il n’avait que sept ans, a expliqué que son livre est né du besoin de transmettre à ses futurs enfants ce qu’il a vécu.
Avec pudeur, il a évoqué ses souvenirs d’enfant confronté à l’horreur, insistant sur la nécessité de raconter avec ses propres mots, loin de toute reconstruction artificielle.
Son intervention a profondément marqué l’assistance, composée en grande partie de jeunes étudiants attentifs et visiblement touchés par la force des récits.
UNE MOBILISATION DIPLOMATIQUE ET CITOYENNE FORTE
Au-delà de la commémoration, cette rencontre a été un puissant moment de solidarité internationale.
La présence des ambassadeurs du Venezuela, de la Namibie et de la Sierra Leone, aux côtés des autorités rwandaises et sénégalaises, a illustré l’universalité du combat contre l’oubli, l’intolérance et la haine.
À travers « Mémoire pour l’avenir », Dakar a ainsi porté un message fort : celui d’une Afrique qui se souvient, qui éduque et qui s’engage pour que plus jamais l’histoire ne bascule dans l’horreur.
Il faut rappeler par ailleurs que le panel a été modéré par Madame Jeannette Moza et » Vivant, les chemins de la mémoire », film documentaire de Valens Kabarari, a émue tout le public de l’amphithéâtre du campus Baobab.
M.B








