Pastef veut aujourd’hui nous enfermer dans un débat de bas étage sur les conséquences d’une crise budgétaire dont les choix de son propre leader ont largement contribué à créer les conditions.
Les membres du gouvernement qui s’expriment aujourd’hui sur le refus de vote de la LFR et se livrent à un ping-pong avec un parti politique sont pourtant issus de la même équipe qui a conçu, défendu ou cautionné les orientations économiques aujourd’hui mises en difficulté.
Certes, la guerre au Moyen-Orient et les tensions internationales constituent des facteurs exogènes réels. Cependant, elles n’effacent en rien les responsabilités nationales.
La communication sur la prétendue « dette cachée » qui a entraîné la dégradation de la signature financière du Sénégal et le renchérissement de ses conditions de financement a considérablement réduit nos marges de manœuvre.
À cela s’ajoute l’échec des prévisions de recettes du Plan de redressement économique et social (PRES), porté par le leader de Pastef.
Les recettes attendues du PRES pour 2026, initialement estimées à 762,9 milliards, sont désormais ramenées à 311,5 milliards, soit une moins-value de 451,4 milliards de fcfa.
Dans le même temps, les recettes budgétaires globales diminuent d’environ 340 milliards FCFA et le déficit prévisionnel passe de 5,4 % à 7,6 % du PIB.
Voilà le prix des promesses budgétaires qui n’ont pas résisté à l’épreuve des réalités économiques.
Le populisme a fini par se fracasser contre le mur des réalités économiques. Prétendre redresser une économie en misant sur des recettes hypothétiques, en multipliant les prélèvements sur des entreprises déjà fragilisées et en exigeant des ménages un effort supplémentaire sans tenir suffisamment compte de leur capacité contributive, c’est confondre volontarisme politique et réalisme économique.
La richesse ne se décrète pas. Elle se produit. Le rôle d’un gouvernement n’est pas d’imaginer des recettes pour équilibrer artificiellement ses prévisions, mais de créer les conditions de la croissance, de l’investissement, de la production et de l’emploi. C’est ainsi que l’on élargit durablement l’assiette fiscale, et non en pressurant indéfiniment ceux qui produisent et ceux qui consomment.
Pendant que le pays subit les conséquences de ces choix, Pastef préfère transformer le vote de la LFR en bras de fer politique avec l’Exécutif, jusqu’à remettre sur la table les arbitrages budgétaires.
L’urgence est ailleurs. Il faut préserver les services publics, soutenir les entreprises, honorer les engagements de l’État et éviter que les tensions politiques ne viennent aggraver les difficultés économiques et sociales.
Le contrôle parlementaire doit être exigeant, mais il ne saurait devenir l’instrument d’un règlement de comptes entre acteurs d’un même camp.
Pastef a contribué à nous conduire dans cette impasse. Aujourd’hui, au lieu d’assumer ses choix et de rechercher une issue responsable, il risque de nous y enfoncer davantage.
Le Sénégal n’est pas la propriété d’un parti, encore moins l’otage de ses contradictions.
Un sursaut national est nécessaire. Il faut mettre fin à l’irresponsabilité politique, exiger des comptes, rétablir la confiance et replacer l’intérêt des Sénégalais au-dessus des ambitions personnelles.
La politique ne peut pas être un jeu de pouvoir dont le peuple paie systématiquement la facture.
Thierno Bocoum
Président AGIR-LES LEADERS
